lundi 17 décembre 2007

Spectacle de fin d'année à Domingo Savio

Samedi 15 decembre 2007

Au compte goutte les jeunes s’en vont, accompagnés ou non de leurs parents. C’est la fin du semestre et les élèves retournent dans leurs familles pour un mois de vacances. Mais pour beaucoup, il ne s’agira pas de se reposer... ces vacances signifient le retour à une vie de travail, celle-là même qu'ils menaient au quotidien avant d'intégrer le centre.

Ce samedi fut donc organisée une célébration de Noël, durant laquelle les enfants présentèrent la pièce de théâtre "L’ascenseur", préparée d'arrache-pied depuis mon arrivée ici. Deux mois de travail intensif, parfois jusqu’à tard le soir... pour un résultat surprenant! Parents et amis furent inviés à la représentation, et ils en sortirent ravis, riant et applaudissant à tout rompre.



Oui, la pièce fut un succès, et les jeunes jouèrent leur rôle avec autant de ferveur que de vrais professionnels. Les étudiants de l’Université Catholique de Quito qui parrainent les jeunes dans certaines activités, également invités, furent admiratifs. Mais le plus gratifiant fut de voir les sourires des jeunes acteurs à la fin de l’oeuvre, sourires fiers d'enfants heureux d’avoir donné le meilleur d’eux-mêmes. La reconnaissance par leur joie du travail effectué est ce qui importe le plus pour les quatre volontaires ayant suivi les avancées de l’oeuvre au jour le jour.



La pièce de théâtre, présentée à 10 h 30 du matin, fut suivie d’une partie de football endiablée avec les étudiants de l’Université Catholique. Puis, parents et enfants furent invités à déjeuner.





La courte journée se termina par une cérémonie dans la petite chapelle du centre, avec chants de Noël et discours d'adieu des volontaires, le tout dans une ambiance pleine de joie, mais aussi d’émotion de se quitter mutuellement... Certains jeunes quittent le Centre de Formation avec tristesse car le quotidien dans leur famille n’est pas des plus faciles. La plupart des jeunes vit dans des communautés rurales reculées, ou dans des communautés indigènes (retrouvez sur ce lien les photos que l'équipe de volontaires du Collectif Artishow avait réalisées cet été lors d'une intervention de plannification familiale dans la communauté indigène d'Illahua Grande, près d'Ambato, dans laquelle elle avait retrouvé par hasard un des jeunes du centre, originaire de ce village) ce qui, en Equateur, sous-entend des conditions de vie difficiles : pas de chauffage à des altitudes parfois extrêmement élevées (il n'est pas rare d'habiter à 4000 mètres d'altitude!), les fenêtres ne sont pas forcément très hermétiques, l'électricité n'est pas systématique, et bien rares sont les maisons équipées de l'eau courante et des sanitaires. Les jeunes participent dans ces conditions aux travaux familiaux (labour et culture des champs, coup de main au père dans son activité professionnelle...) pour contribuer comme ils le peuvent à la survie du foyer, comptant parfois jusqu'à 13 enfants.



La plupart des élèves reviennent en janvier pour continuer la formation, mais certains, découragés par des notes trop basses décident de ne pas poursuivre leurs études ici. L'apprentissage professionnel et la discipline demandée au centre ne sont pas forcément faciles pour des jeunes ayant été très peu scolarisés...

Ainsi se termine la dernière semaine du semestre, et ma dernière semaine de travail volontaire ici. Celle-ci fut bien remplie: évaluations dans les ateliers de ferronerie et menuiserie, dans le cours de Français et nombreuses répétitions de théâtre. Mais finalement, tout s'est deroulé à merveilles! A l’heure de quitter Centre de Formation Domingo Savio pour un retour imminent en France, j’espère que le processus de formation continuera de manière positive, c'est à dire toujours au bénéfice des jeunes apprentis, que le Centre s’agrandira et que se diversifieront les activités proposées. J’espère également que l’échange qui se met en place avec le Collège Fontenelle de Rouen portera ses fruits, car les jeunes ici sont pleins de curiosité, et ce projet est une opportunité immense, autant pour eux que pour leurs camarades français... Je ne vos dis pas adieu, mais à bientôt, car il est probable que je continue à participer aux projets du Collectif Artishow en Equateur!




Anna Postel


mardi 11 décembre 2007

Semaine du lundi 3 décembre 2007

Comment faire du neuf avec du vieux ?

A l’approche de Noël, le monde entier s’affaire, décore, et surtout achète de quoi créer une ambiance festive au sein de son foyer. Au Centre de Formation Domingo Savio, les ressources économiques ne sont pas suffisantes pour acheter mille objets afin de construire un espace ou accueillir les visiteurs. Mais, loin d’être un inconvénient, cette limitation des moyens financiers permet de développer la créativité des élèves et de ceux qui les encadrent, les poussant à utiliser ce qui serait mis au rebus dans d’autres circonstances.





A l’initiative de Don Ramiro, les élèves construisent une petite terrasse sur la grande pelouse à l’entrée du centre, qui servira de lieu de réunion et d’espace de rencontre avec visiteurs de l’extérieur. Il s’agit d’utiliser de vieilles dalles et de vieux pavés qui gisaient en tas dans un coin du centre afin de créer un dallage circulaire au milieu de l’herbe. Au centre de celui-ci pourra être allumé un grand feu de camp, élément incontournable des veillées dans la fraîcheur des nuits quiténiennes.


D’autres projets se mettent en place afin de créer une ambiance de Noël dans le Centre, avec notamment la fabrication d’une crèche par les élèves charpentiers. Là encore, les jeunes s’efforcent d’utiliser les matériaux de récupération dont ils disposent dans l’atelier de travail du bois. La crèche sera ensuite placée dans un relief en sciure de bois.


Le Centre dispose également de nombreuses figurines de la nativité. La crèche sera située dans la chapelle du centre, que les visiteurs seront invités à découvrir. Dans ce même lieu, les élèves exposeront tous les objets fabriqués par leurs soins au cours du semestre et des années antérieurs. Les voisins et habitants du hameau de Conocoto auront ainsi un aperçu représentatif du travail effectué ici.




Cette petite exposition des talents et du savoir-faire des jeunes est extrêmement importante pour la reconnaissance interne et externe des réussites du programme pédagogique du Centre de Formation Domingo Savio. Nous attendons la visite du journaliste du Correo del Valle, le journal local dans lequel avait parut un article sur le centre il y a un mois…

Parallèlement à ces préparatifs de fin d’année, les élèves continuent leurs activités régulières : ateliers de charpenterie et ferronnerie, sport, cours de français, théâtre... Nous avons finalement décidé de présenter la pièce de théâtre le samedi 15 décembre, dernier jour du semestre pour les élèves. Les étudiants de l’Université Catholique de Quito qui les parrainent viendront partager un déjeuner avec eux et assister à la pièce, formant ainsi un public très nombreux. Espérons que nos jeunes ne seront pas impressionnés au point d’en perdre leur langue... !

Anna Postel

mercredi 5 décembre 2007

Premier dimanche d’octobre: Journée Nationale des Noirs en Équateur

En 2007, les afroéquatoriens célèbrent les 10 ans de la décision du Congrès National de l’Équateur de déclarer le premier dimanche d’Octobre Journée Nationale des Noirs (DIA NACIONAL DEL NEGRO) et de reconnaitre Alonso de Illescas comme Héros National Noir.

Dans l’actuelle Constitution –bientôt modifiée-, l’Équateur est reconnu comme un État pluriethnique et multiculturel, un fait qui n’a pas garanti une amélioration du niveau social, culturel, ni économique des afroéquatoriens.

Les organisations existantes du pays ont réalisé tout au long des ces années plusieurs événements, comme des marches de revendication de leurs droits, des sit-in, des actes académiques, et des rassemblements visant à mettre fin à l’invisibilité forcée dont les afroéquatoriens sont l'objets depuis des décennies.

Les afroéquatoriens disposent actuellement de la Loi sur les Droits Collectifs du Peuple Afroéquatorien ( Ley de Derechos Colectivos del pueblo afroecuatoriano) par laquelle l’État se porte garant de leur droit à défendre leurs traditions, leur culture, leurs droits et leur identité :"On ne pourra pas parler d’égalité de chances tant que nous ne reconnaitrons pas que chacun a sa responsabilité : l' État, auquel nous ne pouvons, ni ne devons, mendier des actions en faveur des afroéquatoriens, la société, qui doit accepter que nous appartenions à ce pays et que nous avons contribué à son développement économique, politique et sportif, et le peuple de l’Équateur qui, grâce à son travail quotidien, ses contributions, ses efforts, démontre sa Grandeur." (un membre de la communauté)

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga
http://www.centroafroecuatoriano.com/

Pour plus de renseignements, consultez le site Afrikblog

EQUATEUR - Le travail des enfants dans les mines

Article de Evandro Bonfim, paru dans ADITAL (Brésil), 21 septembre 2004.

dimanche 16 janvier 2005

Les chiffres concernant le travail des enfants en Equateur placent cette nation andine parmi les pays dont les indices relatifs à cette violation des droits humains en Amérique latine sont les plus élevés. On estime à plus d’un million les citoyens de 5 à 17 ans qui travaillent dans des secteurs tels que la floriculture, l’exploitation de la banane, les dépôts d’ordures, les tâches domestiques ou en tant que vendeurs ambulants.

Cependant, c’est l’exploitation du minerai d’or, en particulier de type artisanal, qui se distingue comme étant l’activité la plus dangereuse dans laquelle sont impliqués des enfants dont certains peuvent avoir cinq ans. Alexandra Bonilla qui collabore au Programme d’éradication du travail des enfants de l’Organisation internationale du travail (OIT), lance un cri d’alarme : « Le cas des enfants mineurs est pire encore car c’est un problème méconnu de la majorité de la population équatorienne. »
« Ce travail n’apporte rien de bon, je n’en ai rien tiré. Moi je conseillerais à d’autres filles et garçons de ne pas venir dans les mines parce qu’ici la vie n’est pas belle. Ici on ne vient que pour souffrir, travailler, porter des matériaux très lourds. Il y a pas mal de souffrance ici », affirme une fille de 16 ans qui travaille dans des campements miniers du pays, comme Zaruma, Portovelo, Nambija, Chinapinza, Ponce Enríquez, entre autres. Il y a, à son image, plus de 2 000 enfants employés dans l’extraction de l’or en Equateur.

Les enfants se trouvent majoritairement dans les mines artisanales qui prennent en charge les gisements que l’industrie minière juge peu productifs. Ce secteur d’activité se caractérise par un faible niveau technologique avec des systèmes de sécurité d’exploitation peu présents, un faible contrôle des conditions sanitaires et de la santé des travailleurs, un manque de techniciens, un faible rendement, une force de travail instable et en perpétuel mouvement, des salaires bas et sans respect du cadre légal institutionnel.

Généralement ces mines sont en activité dans des communautés qui souffrent d’un isolement géographique et de l’absence de structures d’Etat. Souvent les tunnels précaires des mines s’ouvrent dans les maisons des habitants des communautés et impliquent directement les familles proches. En fait la majorité des enfants font leur entrée à la mine à l’âge de 5 ans en accompagnant leur mère.

Dans de telles conditions les enfants sont exposés à des dangers : être écrasés par des chutes de roches, maladies osseuses ou musculaires dues aux charges excessives de minerai, lésions ou maladies de la peau dues à l’exposition permanente au soleil et à de hautes températures, agressions physiques et psychologiques de la part des mineurs adultes.

Des mesures positives en Equateur et au Pérou

Mais en Equateur on commence à appliquer des programmes d’éradication du travail des enfants dans les mines, programmes qui produisent des avancées positives au Pérou où il y a 50 000 enfants engagés dans cette activité pour faire du pays le principal producteur d’or en Amérique latine. L’exploitation de l’or est responsable de recettes annuelles avec des exportations de 120 millions de dollars, et de l’emploi de 30 000 familles péruviennes.

C’est pour cette raison que toute action sur le terrain en vue d’éliminer le travail des enfants doit être mise en application dans les communautés dans le cadre d’une amélioration stimulante de l’organisation, de façon à leur permettre de continuer une activité très lucrative sans qu’il y ait atteinte aux droits élémentaires, telle que peut l’être l’exploitation de la main-d’œuvre enfantine.

Sur la base de cette proposition, l’OIT, en collaboration avec des organisations de défense des droits de l’enfant et avec des cabinets gouvernementaux péruviens, est parvenue à faire de la localité de Santa Filomena « la première communauté minière totalement libre d’emploi de main-d’œuvre enfantine au Pérou ».

La principale mesure a consisté à construire une mini-centrale de traitement de l’or à petite échelle avec la création consécutive d’une coopérative, ce qui a permis une exploitation plus efficace, plus sûre, et surtout n’a plus rendu nécessaire le travail des enfants. A titre de complément, ce programme a renforcé les structures scolaires de la communauté, a implanté un système de micro-crédit afin de stimuler le commerce dans la région et a inauguré le Centre de diagnotic des maladies dues à la mine. En Equateur, un projet identique est en train de se mettre en place au campement de Bella Rica, sous la houlette du Centre pour le développement et l’autogestion.

Cependant, dans ces deux pays andins, on ne prête pas encore l’attention qui serait nécessaire au problème du travail des enfants dans les mines. Comme l’affirme Ana Maria Romero, ministre aux droits de la femme et au développement social, rien qu’au Pérou « il existe plus de 200 communautés où le travail des enfants continue à être la règle ».
Evandro Bonfim

Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2774. Traduction Dial. Source (espagnol) : ADITAL (Brésil), 21 septembre 2004.

Explosion dans une mine en Équateur: 7 morts, 40 blessés

mardi 27 novembre 2007

Sept mineurs ont été tués et 40 autres blessés en Equateur lors de l'explosion d'un dépôt de dynamite dans une mine d'or de la province andine de Azuay (sud), a-t-on appris lundi auprès des secours. "Nous avons trouvé sept corps dans les décombres et transféré 40 personnes blessées vers divers hôpitaux de la région", a déclaré à l'AFP le commandant des pompiers Rodrigo Durazno. Trente (bien trente) personnes sont encore portées disparues, ont précisé les pompiers. L'explosion dans la mine de Liga de Oro, près de la localité de Ponce Enriquez, se serait produite à la suite d'un court-circuit, a-t-on précisé de même source. Selon plusieurs versions concordantes des secouristes, le système électrique de la mine aurait été défaillant.
Selon de premières informations, il y a eu un fort grondement aux abords de la mine causé par l'explosion de la poudre dans les galeries, a indiqué M. Durazno. Quelques 400 personnes travaillent dans cette mine dont une majorité de péruviens, a-t-il ajouté. "Les opérations de secours devront être interrompues lundi avant minuit et elles reprendront mardi", a enfin indiqué le chef des pompiers précisant que les dégâts sont importants. En Equateur il existe 4.112 concessions minières d'extraction d'or, d'argent et de cuivre, mais seules 681 d'entre elles sont actuellement en exploitation. Les entreprises minières les plus importantes sont las canadiennes Ascendant Copper, Conerstone, I Am Gold, Aurelian Resourses, Dinasty Metal, et l'américaine Lowell.

Par l'AFP (Agence France Presse)

Mines, contamination et santé en Équateur

La recherche donne lieu à des mesures concrètes pour améliorer la santé.


L'exploitation aurifère a cours depuis des siècles dans les montagnes du sud-ouest de l'Équateur. Aujourd'hui, l'activité minière se fait à petite échelle, mais les problèmes qu'elle engendre sont considérables -- sécurité déficiente, contamination de l'environnement et détérioration de la santé humaine. Des chercheurs étudient les répercussions des activités minières dans diverses collectivités installées le long du fleuve Puyango. Ils ont constaté que ces effets s'étendent bien au-delà de la zone immédiate d'exploitation.

« L'exploitation minière remonte à loin. Nous sommes enfants de mineurs. Nos grands-parents aussi travaillaient dans les mines. »

« Tout ce qui nous entoure est contaminé. Mais nous avons été un peu aveugles -- c'est la première fois dans l'histoire de cette ville qu'un groupe environnemental vient nous aider à régler le problème. Sans doute est-ce un peu tard, mais au moins il est là. »

Ce sont les paroles d'Alexandra Jaramillo, membre d'une nouvelle instance municipale créée pour s'attaquer aux problèmes environnementaux et de santé générés par l'exploitation minière à petite échelle à Zaruma et Portovelo, deux petites villes de l'Équateur. Cette autorité municipale -- la première à être créée dans la longue histoire de ces deux villes -- a été formée à l'issue d'une recherche parrainée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. Des chercheurs, réunis en une équipe transdisciplinaire, ont étudié les liens qui existent entre l'activité minière, la contamination environnementale et la santé. Les résidants de Zaruma et Portovelo ne sont pas les seuls à en souffrir. Les répercussions de la contamination atteignent même les populations vivant en aval du fleuve Puyango qui traverse la région et se déverse au Pérou, à plus de 100 kilomètres de distance.

L'exploitation minière

L'extraction de l'or et de l'argent se fait depuis des siècles dans les montagnes de Zaruma et Portovelo -- les Incas se livraient déjà à l'exploitation aurifère lorsque les Espagnols fondèrent la ville de Zaruma en 1549. Toutefois, l'extraction de l'or s'est intensifiée lorsque qu'une société minière étatsunienne, la Southern American Development Company (Sadco), obtint la mainmise sur les principaux gisements d'or du district, en 1897. Au cours des 53 années qui suivirent, la Sadco a extrait près de 3,5 millions d'onces d'or et 17 millions d'onces d'argent d'environ huit millions de tonnes de minerai.

Lorsque la Sadco a quitté le pays en 1950 en raison de l'augmentation des coûts et des taxes, le gouvernement équatorien a pris possession de la mine. Mais les rendements diminuaient constamment et, éventuellement, la mine a été abandonnée. En 1984, des mineurs luttant contre la pauvreté ont envahi les vieilles mines de la Sadco et, depuis lors, de petites exploitations artisanales y survivent. Aujourd'hui, on compte dans cette région des centaines de petites mines d'or.

Ces mines sont peu sûres, mal aérées et chaudes, sans compter la menace constante d'éboulements. À l'aide d'outils et d'équipements simples, des hommes et des gar-çons d'à peine douze ans passent de longues heures à travailler d'arrache-pied à l'extraction de l'or. Souvent, ils travaillent avec des membres de la famille ou en groupes improvisés qui achètent des matériaux comme la dynamite et le bois qui servira à consolider les murs et les plafonds pour prévenir les éboulements lors des explosions. Ils partagent ensuite entre eux les profits provenant de l'or qu'ils ont réussi à trouver. C'est une entreprise aléatoire : certains mois, ils n'en trouvent pas assez pour faire leur frais.

L'activité minière à petite échelle est dangereuse en soi, mais le traitement de l'or peut aussi être toxique. Lorsque les mineurs découvrent un filon, ils peuvent séparer l'or du minerai eux-mêmes ou avec l'aide d'un intermédiaire, ou encore, apporter leur découverte à l'une des usines de transformation de l'or de la région.

Si les mineurs s'occupent du traitement de l'or eux-mêmes ou avec quelqu'un d'autre, ils le font toujours à l'aide d'un vieux procédé peu coûteux, efficace et tellement néfaste pour la santé et l'environnement qu'il est interdit dans de nombreux pays : l'amalgamation au mercure. Après avoir été broyé et tamisé, le minerai est combiné au mercure qui adhère à l'or pour former un amalgame compact qu'on appelle « gâteau » ou « tourteau ». Les mineurs chauffent alors l'amalgame pour évaporer le mercure et récupérer les pépites d'or qui s'en détachent. Sous cette forme, le mercure est d'une telle toxicité que la technique de l'amalgamation présente un danger non seulement pour ceux qui procèdent à l'opération, mais aussi pour tout l'entourage. On sait que l'exposition chronique au mercure entraîne divers troubles neurologiques, dont une vision floue, des tremblements, des malaises et des pertes de mémoire.

Ce danger n'est pas nécessairement connu, explique Jaramillo. « L'extraction de l'or est considérée comme un procédé naturel. J'ai vu de tout jeunes enfants jouer avec du mercure », ajoute-t-elle. « Les grands-parents ne croient pas qu'il soit utile de changer de façon de procéder. Ils sont d'avis qu'il est inutile de prendre des précautions. »

L'incidence de la contamination
De plus en plus, les mineurs apportent leurs sacs d'or brut à l'une des 100 usines de transformation qui longent le fleuve Puyango. Ces usines emploient une technique d'extraction mécanisée et plus efficace qui fait aussi appel au mercure. Ce procédé laisse des résidus boueux qui contiennent un mélange de plomb, de mercure, de manganèse et de divers cyanures. Éventuellement déversés dans le réseau fluvial, ces résidus polluent l'eau et tuent toute vie aquatique dans la région.

Divers examens, dont des prélèvements de sang, ont révélé une exposition chronique aux métaux lourds (photo : FUNSAD : Oscar Betancourt).


Non seulement cette contamination nuit-elle à la santé des populations de la région immédiate, mais elle est aussi néfaste pour les paysans qui pratiquent une agriculture de subsistance dans des collectivités éloignées, près de la frontière péruvienne. Voilà une des conclusions auxquelles est arrivée une petite organisation non gouvernementale de l'Équateur, la Fundación Salud, Ambiente y Desarrollo (FUNSAD). Grâce à l'appui du CRDI, des chercheurs de la FUNSAD ont étudié la pollution causée par les métaux lourds et les cyanures provenant des procédés d'affinage de l'or, examiné l'incidence de ces contaminants sur la santé humaine et fait des rapprochements entre les conditions socio-économiques et culturelles qui influent sur la façon dont les gens interagissent avec l'environnement. Ils ont étudié en particulier des collectivités situées à trois niveaux le long du réseau fluvial Puyango : Zaruma et Portovelo, près du sommet; un secteur-échantillon au centre; et plusieurs petites collectivités au bas du bassin, près du Pérou.

« Notre recherche est fondée sur l'approche écosystémique de la santé humaine », explique le Dr Oscar Betancourt, directeur de la FUNSAD. « Nous savons que les problèmes associés aux activités minières sont très complexes. Et les façons dont les êtres humains interagissent avec leur environnement sont nombreuses -- ils peuvent être tributaires du fleuve pour les nécessités de l'existence, comme l'eau et la nourriture, par exemple. Puis, il y a des facteurs économiques, culturels et techniques qu'il nous faut comprendre. »

L'équipe de recherche, formée de trois médecins, deux géologues, une sociologue et une travailleuse en développement communautaire, avait pour objectif de percer la complexité des problèmes auxquels les collectivités riveraines faisaient face. Ils ont adopté une démarche transdisciplinaire pour mener leur recherche sur trois fronts. Ils ont effectué des tests pour détecter dans l'environnement physique la présence de mercure, de plomb, de manganèse et de cyanure; examiné les gens pour déceler des signes de surexposition aux métaux lourds et à la cyanure; et fait un sondage afin de recueillir des données économiques et sociales et d'autres informations sur les diverses façons dont les gens interagissent avec l'environnement.

Le sondage, en particulier, a été déterminant pour aider les cher-cheurs à comprendre précisément comment et pourquoi la contamination environnementale était préjudiciable à la santé humaine. Les gens buvaient-ils de l'eau directement du fleuve ? Connaissaient-ils les risques de l'amalgamation au mercure ? Les femmes et les hommes étaient-ils exposés à la contamination de la même manière et dans la même mesure ? En découvrant les réponses à ce genre de questions, les chercheurs espéraient préparer le terrain pour trouver des moyens concrets d'améliorer la santé humaine de façon durable.


Les effets de l'exposition au plomb

Le corps humain ne fait pas la différence entre le plomb et le calcium; aussi, le plomb est-il absorbé dans les os où il s'accumule pour toute la durée de vie. Les effets chroniques sont souvent attribués à de faibles expositions pendant une longue période. Fatigue excessive, irritabilité nerveuse, tremblements légers et engourdissements sont quelques-uns des symptômes. Mais, comme ces symptômes sont communs à une foule de problèmes de santé, ils peuvent souvent passer inaperçus.

En outre, les enfants de moins six ans s'exposent à des dangers particuliers. Parce que leur corps se développe rapidement, même l'exposition à de très faibles concentrations de plomb peut avoir des effets néfastes permanents, notamment sur le système nerveux et les reins, provoquer l'atonie musculaire et réduire la croissance osseuse. La surexposition au plomb peut entraîner des difficultés d'apprentissage.


Une approche transdisciplinaire

Dans chacun de ces trois écosystèmes, les chercheurs ont testé l'eau du fleuve ainsi que les matières solides en suspension et les sédiments qui s'y trouvent. Dans le bassin inférieur, ils ont aussi examiné les poissons et d'autres sources de nourriture. Ils partaient de l'hypothèse que la contamination de l'eau et de la nourriture serait surtout attribuable au mercure -- et, de fait, ils ont décelé la présence de mercure dans l'eau, en particulier près des usines de transformation. Cependant, signale Betancourt, « le plus surprenant a été de constater que l'eau était surtout contaminée par le plomb ». Les lectures faites aux usines de transformation étaient extrêmement élevées et, en aval, les concentrations de mercure étaient 16 fois plus élevées qu'à la source du fleuve.

Pour comprendre dans quelle mesure cette contamination nuit à la santé de la population, les chercheurs ont fait appel à diverses procédures médicales. Ils ont effectué des examens cliniques; analysé des prélèvements de sang et des échantillons d'urine et de cheveux; et administré une batterie de tests de comportement neurologique. Ces tests rapides et simples peuvent révéler des signes subtils d'exposition chronique aux métaux lourds. Entre autres conclusions d'importance, la FUNSAD a constaté que les gens vivant dans le bassin inférieur ainsi que les habitants de Zaruma et Portovelo étaient porteurs de fortes concentrations de plomb. Les résidants du bassin inférieur avaient également des symptômes de troubles de comportement neurologiques relatifs à la motricité fine, au champ de l'attention et à la mémoire.
Le questionnaire élaboré par les chercheurs a permis de mieux saisir le phénomène. En collaboration avec une équipe de la collectivité locale, ils ont recueilli une vaste gamme de renseignements sur la façon de vivre et de travailler des villageois. La collecte d'information a notamment porté sur le niveau d'instruction, le revenu et le nombre d'années passées dans la région. Les chercheurs ont aussi demandé aux gens quel usage ils faisaient de l'eau du fleuve et s'ils la considéraient comme polluée. Et puisque les gens installés le longdu réseau fluvial Puyango se livrent occasionnellement à l'orpaillage à la batée comme activité d'appoint, les chercheurs leur ont aussi posé des questions sur leur degré d'exposition aux amalgames contenant du mercure. En outre, ils ont voulu connaître le point de vue des membres de la collectivité sur la contamination, la prévention et la protection -- et savoir dans quelle mesure ils étaient informés sur ces questions. Les femmes ont été interviewées séparément des hommes et on leur a posé des questions sur leur rôle et leurs responsabilités. Au total, environ 180 personnes ont participé au sondage.

Les chercheurs ont travaillé avec une équipe regroupant 12 représentants de la collectivité locale. Pour beaucoup d'entre eux, la participation au projet de recherche a été une expérience révélatrice. « J'ai pris connaissance de problèmes de santé et d'environnement dont je n'avais jamais entendu parler », affirme Nelson Aguilar, un jeune homme qui a fait remplir le questionnaire. Cumandá Lucero, qui abonde dans le même sens, ajoute : « Ce que j'ai le plus apprécié de la participation à ce projet, c'est le sentiment de faire partie de la collectivité et peut-être de pouvoir faire quelque chose pour résou-dre les problèmes que nous avons ici. »
Les résultats du questionnaire démontrent que les habitants du bassin inférieur sont largement tributaires du fleuve, surtout durant la saison sèche. Comme l'explique Betancourt : « Les gens qui vivent en aval boivent l'eau du fleuve tout le temps et elle n'est jamais traitée. Ils mangent aussi le poisson qui vient du fleuve -- c'est leur principale source de nourriture parce qu'elle ne leur coûte rien. » De plus, les gens croient qu'en raison du cours rapide de l'eau, ils sont protégés contre la pollution.

À Portovelo et à Zaruma, toutefois, les gens savaient que le fleuve était contaminé -- ils pouvaient voir qu'il n'y avait pas de vie. Ils ne boivent pas d'eau non traitée et ne comptent pas sur le fleuve comme source de nourriture. Néanmoins, la recherche de la FUNSAD a révélé que la majorité des gens de la région avaient dans le sang de dangereuses concentrations de plomb. Les chercheurs comptent poursuivre leur étude des causes possibles de cette constatation. Ils ont posé l'hypothèse que la pollution de l'air et d'autres sources peuvent en être responsables.


Des liens avec le gouvernement

L'équipe de recherche a ensuite porté ses travaux à l'attention des autorités locales de Zaruma et de Portovelo. « Nous pouvons entreprendre une étude de ce problème, mais les études ne sont toujours que des études », fait valoir Betancourt. « Voilà pourquoi nous travaillons en collaboration avec les autorités locales, les mineurs et la population -- pour tâcher de trouver avec eux des solutions. »

C'est aussi à cette fin qu'un nouveau groupe environnemental municipal a été créé -- une initiative commune des collectivités de Zaruma et Portovelo. Étant donné la complexité des problèmes associés à l'activité minière, ce groupe doit relever un défi de taille. Il compte travailler avec les enseignants pour aider à sensibiliser les enfants aux dangers du mercure et avec les mineurs pour s'assurer qu'ils comprennent bien comment se protéger tout en préservant l'environnement. Le groupe entend également élaborer un nouveau code régional de pratiques écologiques dont la mise en application relèvera des municipalités.

« Nous voulons en finir avec la contamination une fois pour toutes », déclare Jaramillo. « Si nous ne pouvons en venir complètement à bout, nous pouvons au moins faire quelque chose pour améliorer la situation. »

Comme le maire de Portovelo, Segundo Orellana, le dit : « Nous connaissons le degré de contamination du bassin hydrographique. Il est certain que les résultats de ce projet nous ont permis de mieux comprendre. Avec la FUNSAD, je suis convaincu que nous réussirons à trouver des solutions qui profiteront à la collectivité. Il nous faut redoubler d'efforts, sinon la contamination empirera -- tout comme les effets que nous aurions tous à subir. »Cette étude de cas a été rédigée par Lisa Waldick de la Division des communications du CRDI.


Renseignements

Oscar Betancourt Président Fundacion Salud Ambiente y Desarrollo (FUNSAD)Jardin del ValleCalle 2-4 y 2-5 No. 395 (Monjas), Casilla 17-O7-9382Quito, EcuadorTél. : (593 2) 252 5553Téléc. : (593 2) 252 5553Courriel : oscarbet@andinanet.net
Initiative de programme Écosystèmes et santé humaineCentre de recherches pour le développement internationalBP 8500, Ottawa (Ontario)Canada K1G 3H9Tél. : +1 (613) 236-6163Télec. : +1 (613) 567-7748Courriel : ecohealth@idrc.caWeb : www.crdi.ca/ecohealth

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI)est une société d'État créée par le Parlement du Canada en 1970 pour aider les scientifiques et les collectivités des pays en développement à trouver des solutions à leurs problèmes économiques, sociaux et environnementaux. L'appui du CRDI sert à consolider la capacité de recherche indigène afin d'appuyer les politiques et les technologies susceptibles de contribuer à l'édification, dans les pays du Sud, de sociétés plus saines, plus équitables et plus prospères.


Écosystèmes et santé humaine

Il n'y a pas de frontière entre le bien-être des gens et la santé de l'environnement, lequel fournit gîte et subsistance à toutes les espèces sur terre, y compris aux êtres humains, mais présente aussi des risques. L'initiative de programme Écosystèmes et santé humaine a pour but de définir des interventions qui permettront une meilleure gestion des écosystèmes en vue d'améliorer la santé et le bien-être des êtres humains tout en préservant ou en améliorant la santé des écosystèmes dans leur ensemble.

Pour plus de renseignements, consultez le site de l' I.D.R.C., le International Developement Research Center du Canada.

Bulletin n° 1924 de l'activité volcanique mondiale: erruption du Tungurahua en Equateur

Dépêche du 28-11-2007 à 08:19
Volcan : Tungurahua, Equateur, 5023 m

L'activité est toujours très élevée sur le Tungurahua, qui subit en ce moment un nouvel "accès de fièvre". Une activité explosive intense est clairement audible dans tous les villages alentours, et fait fréquemment vibrer les carreaux des fenêtres. Les blocs incandescents, projetés lors des explosions, roulent sur les pentes sur une distance atteignant parfois 1000 m. Les panaches produits montent à une hauteur maximale d'environ 1000 m et les volcanologues sont aux aguets, tentant de déterminer les suites possibles de cette activité (augmentation jusqu'au paroxysme; stagnation plusieurs jours avant le retour à la normale; retour rapide à la normale?) en scrutant les variations de l'ensemble des paramètres surveillés. Il est en effet trop imprécis de ne se baser que sur les observations visuelles pour tenter d'estimer l'importance ou la gravité d'une crise en cours, surtout lorsque le volcan est souvent dans les nuages, comme c'est le cas au Tungurahua (source: I.G. d'Equateur).
Pour plus d'informations sur le Tungurahua et les autres volcans de l'Equateur, consultez le site d'A.C.T.I.V., Association pour la Connaissance et la Transmission de l'Information Volcanique.

mardi 4 décembre 2007

Les Indiens aussi jouent au foot


Aussi vrai que l'Argentine est le pays du tango, l'Amérique du Sud toute entière est la patrie du foot. Je ne suis sûrement pas la mieux placée pour vous faire une chronique sur ce sport, que je suis personnellement très loin de porter aux nues, et c'est pourquoi je vais plutôt m'attacher à vous introduire au rôle social du football en Equateur.

Luis maquillé aux couleurs de l'Equateur lors d'un match contre le Pérou.

Savez-vous pour commencer où se trouve le plus grand stade de foot du monde? A Maracana, au Bresil. Inauguré le 16 juin 1950, il peut accueillir jusqu'à 155 000 personnes par match... Rappelons que le Stade de France, le plus grand de l'hexagone, fait pâle figure en comparaison avec seulement 80 000 places à offrir aux supporters... Le plus grand d'europe se trouve à Barcelone (Espagne), et affiche une capacité maximale de 98 934 places, peut mieux faire! On ne peut pas dire pour autant que tous les pays du continent sudaméricain soient renomés pour leurs équipes de foot et leurs performances à l'international, mais il n'en est pas moins que là où le foot soulève l'entrain de la population, voir au mieux son adhésion au concept en cas de victoires suivies de l'équipe de France, il provoque de véritables phénomènes d'hystérie collective et influence jusqu'au rythme de vie des latinoaméricains. Une petite vidéo pour vous faire une idée!


Le rapport avec l'objet de ce blog? Le foot faisant partie intégrante de la vie quotidienne de la plupart des équatoriens (majoritairement de la gent masculine, je vous le concède), il ne s'est pas arrêté à la grande porte du centre de formation pour apprentis Domingo Savio... Ainsi nos futurs menuisiers et ferroniers ont la possibilité d'échanger quelques balles sur la grande pelouse située entre les différents bâtiments du centre. Ceci n'est théoriquement qu'à but distractif, mais il s'avère que les jeunes ont récemment fait l'acquisition de maillots de foot flambant neufs, et qu'il va falloir les mouiller un peu... Les jeunes, sous la houlette de Don Ramiro, sont en train de monter une équipe dans le but de pouvoir affronter prochainement sur le terrain les équipes des collèges environnants. Vous trouverez donc dans ce message des photos de l'équipe Domingo Savio en plein effort!

L'article figurant à la suite est extrait de l'hebdomadaire Courrier International. Il aborde l'importance du foot pour les communaués indigènes de l'Equateur et son rôle social pour leurs membres, vivant isolés dans des zones difficiles d'accès. La plupart des jeunes apprentis sont issus de ces communautés, et on emporté avec eux la passion du ballon rond au centre Domingo Savio.


Courrier International n° 849 - 8 févr. 2007

A 3 830 MÈTRES AU-DESSUS DE LA MER ...

En Equateur, les villages de la cordillère n’ont souvent accès ni à l’eau ni à l’électricité. On y trouve parfois une école, mais plus sûrement un terrain de foot où les Indiens jouent le dimanche, après la messe.

Marco tourne à droite et klaxonne. Ce n’était pas la peine car les enfants arrivent déjà en dévalant la pente. Ils ont de grands yeux marron, des cheveux noirs, des joues rouges et sales, ils portent des bottes en caoutchouc. Un champ, situé à l’ouest de la cordillère, brille, doré, sous la lumière du soleil. Le vent, poursuivant son chemin, hurle. On n’aperçoit pas un seul poteau électrique. Les montagnes se succèdent à perte de vue. Le ciel est rempli de vautours. Il existe ici autant d’espèces de charognards qu’il y a de sortes de neige dans certains pays. Au loin, un mont surplombé par un gigantesque nuage de fumée sombre qui s’élève lentement dans le ciel semble atteindre la perfection. C’est un volcan et il sera bientôt en éruption. Les Indiens attendent impatiemment qu’il explose. La nuit, la montagne gronde ; le jour aussi probablement, mais on n’entend rien – à cause des conversations, des voitures, des bruits de la vie.


Nous sommes en Equateur, à 3 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pour un Européen, l’oxygène de l’air y est nettement insuffisant. C’est à se demander comment l’alpiniste Reinhold Messner a réussi à gravir le mont Everest, à 8 800 mètres d’altitude, sans bouteilles d’oxygène. Nous descendons de la voiture quelques instants et, tant que nous marchons, nous ne remarquons pas tellement le manque d’oxygène. Mais, dès que nous nous arrêtons, nous sommes à bout de souffle. Le chemin à parcourir pour regagner la voiture semble long. Nous nous laissons tomber sur les sièges en soufflant. Nous n’arrivons plus à nous concentrer, nos pensées partent dans tous les sens. Le moindre geste demande bien plus d’efforts que d’habitude, et, en même temps, les choses semblent tellement plus faciles. Nous sommes épuisés. Nous restons un moment assis dans la voiture à rire. Notre chauffeur, Marco, vit à Quito, à 2 800 mètres d’altitude. Il attend stoïquement, en silence, la fin de notre fou rire. Ce n’est pas la première fois qu’il conduit des visiteurs dans la région. Il a l’habitude. Mais des gens qui veulent monter jusqu’ici pour voir les Indiens jouer au foot, ça, il n’en a jamais vu.


Quilebamba, juin 2006Dirk Kruell/Laif-REA


Les Indiens aiment jouer au foot, même s’ils ne sont pas très bons. Ils jouent surtout le dimanche, après la messe, s’il ne pleut pas. Aujourd’hui, c’est dimanche. La messe est finie. Rosa se tient avec d’autres enfants au bord de la route. Elle a 11 ans. Pendant la semaine, après l’école, elle doit s’occuper de deux ânes et d’un mouton. Elle descend chercher de l’eau là-bas. Elle nous indique du doigt la direction. C’est loin, là-bas ? Un bon bout de chemin. Et l’école ? Là-bas derrière. De l’autre côté. Et elle est loin ? Heu, un peu aussi… Les écoliers de la commune de Maca-Grande apprennent deux langues : le quechua, la langue des Indiens, et l’espagnol, la langue officielle de l’Equateur. Julián Coloquinga, le père de Rosa, a 55 ans. Il a six enfants : deux garçons et quatre filles. María, qui a 18 ans, vient de se marier. Elle se cache derrière son foulard. Mais on peut voir ses oreilles rougir lorsqu’elle entend prononcer son nom. Julián Coloquinga cultive des pommes de terre, des oignons, des fèves et du seigle. Des 40 sacs de pommes de terre qu’il a récoltés, il en vend 35 et en garde 5 pour sa famille. Le plat des pauvres, c’est papas y papas, des patates avec des patates. Et les Coloquinga sont pauvres. Ils élèvent des moutons et des poules. María a aussi deux poussins. L’épouse de Julián apporte la récolte au marché de Pujili, une ville de quelque 2 000 habitants, ou à Zumbahua, ou encore à Latacunga. Elle y va à pied ? Bien sûr. Tu as vu une voiture quelque part ?


Aujourd’hui, c’est dimanche. Et que fait Julián Coloquinga le dimanche, pendant que sa femme est au marché ? Dans sa hutte, il n’y a ni radio, ni télé, ni livres, ni journaux. Non, ici, il n’y a pas de journaux. Ce n’est pas forcément lire qui poserait problème. Mais qui les apporterait ? On en trouve sur le marché de Pujili, mais ça n’intéresse pas Julián. Le dimanche, il se repose, explique-t-il. Il reste allongé dans sa hutte. Il boit un petit verre d’alcool de canne à sucre qu’il conserve dans un bidon bleu. Et les enfants, que font-ils ? Je ne sais pas. Est-ce que nous souhaitons voir l’intérieur de sa hutte ? Bien sûr. Nous entrons et regardons : on ne voit rien. L’obscurité n’est pas du tout la même que dans l’ouest de l’Europe. Elle est totale. Pas la moindre lumière de voiture, pas un lampadaire, pas un néon publicitaire. Rien, juste la nuit, même le jour. L’obscurité de cette hutte, construite il y a quinze ans, n’avait encore jamais été troublée. Jusqu’à ce que le photographe arrive avec sa lampe. Les Indiens et leurs hôtes regardent autour d’eux, intéressés. Elle ressemble donc à ça, cette hutte. Julián reste de marbre ; c’est sans doute exactement ainsi qu’il se l’imaginait. Le photographe éteint. Je me souviens seulement de la paille et des couvertures, et d’une odeur rance, comme si les personnes qui vivaient là se frottaient avec de la graisse – ou en utilisaient pour leurs cheveux, par exemple. Il y a également une forte odeur animale. Dix cobayes se baladent dans la hutte, les autres sont morts. Ici, et en particulier parmi les Indiens, les cobayes constituent un mets délicat : de la viande blanche, un peu comme celle de la volaille, mais avec des os. Ça sent aussi un peu le chien et le chat : dix chiens vivent ici. Des marmites et des poêles noires sont accrochées au mur. Le fond de l’une des poêles est recouvert d’une couche de graisse.


Lorsque la cuisinière à gaz est allumée, l’épouse de Julián voit un peu mieux ce qu’elle est en train de faire. Ses parents aussi ont habité ici. Et avant ? Elle ne répond pas. María s’est mariée parce qu’elle est tombée enceinte. Le père, Baltazar, est l’un des fils des voisins. Les oreilles de María deviennent écarlates lorsque le sujet est abordé. Les voisins, cela veut juste dire que l’on peut voir leur maison d’ici. María et Baltazar vont ensemble à l’école, il faut marcher longtemps pour y parvenir, deux bonnes heures. Ils sont à l’école de 8 heures à 17 heures. María doit donc se lever à 4 heures. Nous parlons à peine de Baltazar. Mais le voici qui arrive : il a les mains dans les poches et porte une veste épaisse. Son chapeau de velours, incliné sur la tête, lui donne un air effronté. Non, ils ne peuvent pas prendre le bus pour aller à l’école. Le trajet coûte trop cher, l’équivalent de 30 centimes d’euro. La population de l’Equateur est pauvre, surtout les Noirs et les Indiens. Sur les 4, 5 millions d’Indiens que compte le pays, 1,5 million vivent dans les montagnes, les autres dans les bidonvilles qui entourent la capitale, Quito, et Guayaquil. Ce sont les Incas qui sont venus les premiers. Ils ont tout détruit et ont assassiné les Indiens qui peuplaient alors le pays. Peu après sont arrivés les Espagnols. Ils ont aussi tout saccagé et ont assassiné les Incas. Depuis cette époque, les Indiens forment les couches les plus pauvres de la société équatorienne. Ceux qui vivent dans la forêt pluviale sont menacés par la surexploitation du bois, ceux qui vivent dans la forêt primaire par les activités d’exploitation pétrolière que mènent les Etats-Unis. Dans ces régions, des enfants naissent handicapés parce que les Etats-Unis ne respectent pas les clauses des contrats sur la protection de l’environnement. Les Indiens de la forêt pluviale sont tellement révoltés qu’il y a quelques semaines ils ont assassiné deux gringos [nom péjoratif donné aux Américains dans tout le continent latino-américain] qui coupaient des arbres. Ils les ont tués comme l’auraient fait leurs ancêtres, avec des flèches empoisonnées.


Pour devenir riches, les Noirs ont le foot. On ne voit pratiquement jamais de médecins, d’avocats, d’enseignants ou de professeurs d’université noirs. Mais les Indiens, eux, n’ont même pas le foot. Huit ou neuf personnes vivent dans la hutte de Julián Coloquinga. Deux fois par mois, la famille descend laver son linge à la fontaine. Mais il faut faire attention : il fait froid dans les montagnes, et mieux vaut sentir mauvais qu’attraper une bronchite. Baltazar veut terminer l’école pour s’inscrire ensuite à l’université. Plus tard, il souhaite faire de la politique. Comme tout le monde ici, il n’a jamais entendu parler de la Coupe du monde de football qui a eu lieu en Allemagne au début de l’été 2006. Il connaît en revanche Hugo Chávez, le président du Venezuela, qui a promis de lutter contre la pauvreté des Vénézuéliens et des Indiens. “Ici aussi, il faudrait faire quelque chose pour les pauvres, nous explique Baltazar. Nous sommes très pauvres. Nous n’avons pas d’école près du village, pas d’eau et pas d’électricité.” La montre-bracelet que porte María est un cadeau de mariage. Quand l’enfant naîtra, ils iront chercher la sage-femme. Et quand doit-il naître ? María, cachée derrière son foulard, émet un rire. Elle n’en a pas la moindre idée.


Baltazar répond d’un signe de tête : oui, il joue au foot. Tous les garçons jouent au foot. Juste pour le plaisir, sur le terrain, là-bas. Il faut traverser la vallée et remonter sur l’autre versant. A Zumbahua, le village situé là-bas derrière, en suivant la route, ils jouent aussi au foot. Et le dimanche, justement. Il est loin ce village ? Ben, ce n’est pas juste à côté, répond Baltazar. Nous démarrons. Une tache blanche apparaît sur le bord de la route. Marco freine. C’est Herman. Il a 14 ans et porte le maillot de l’équipe d’Allemagne. Beau maillot, lui dis-je. Il sourit. Je lui demande s’il sait à quelle équipe appartient ce maillot. “Aucune idée. —L’équipe d’Allemagne, fais-je. — Connais pas !” réplique Herman, qui nous regarde à présent, l’air interrogateur. C’est sa mère qui lui a rapporté le maillot du marché de Pujili. Il y a quelqu’un qui en vend. La Coupe du monde ? “Jamais entendu parler.” Tu joues au foot ? “Bien sûr, tout le monde y joue”, nous lance-t-il. Herman monte dans la voiture. Il nous guide jusqu’à un plateau, situé peu avant Zumbahua, où une vingtaine de garçons jouent au foot. Le sol est marqué de crevasses si profondes qu’on n’en voit pas le fond. Les garçons doivent faire attention à ce que le ballon ne disparaisse pas dans l’un de ces trous. A gauche, le terrain est délimité par la route et, à droite, par une corniche surplombant un vide vertigineux. Là aussi, les garçons doivent faire attention, sinon, c’est eux qui risquent de disparaître. Il vaut mieux jouer de l’autre côté. “Les meilleurs joueurs du coin sont à Quiroga”, nous explique Herman. Nous partons pour Quiroga, un village de 1 400 habitants, soit 200 familles, perché à 3 830 mètres d’altitude. Il doit son nom au martyr et héros de l’indépendance don Manuel Quiroga, qui mourut dans un cachot à Quito. Le village se trouve à proximité du lac de Cuicocha, “cochon d’Inde” en quechua. Cette étendue d’eau étincelante et féerique est située dans le cratère d’un ancien volcan. Quiroga est perdu dans un brouillard dense et blanc. Aucun goût, aucune odeur. Le brouillard s’élève dans le ciel pour former des nuages. On en oublierait presque qu’au-dessus le ciel est bleu. Au milieu du village, le terrain de foot : du sable parsemé de quelques touffes d’herbe. Les habitants du village, un chapeau sur la tête et aux pieds de lourdes chaussures vraiment peu adaptées, tapent dans un ballon de cuir élimé. C’est toujours le plus petit joueur qu’ils mettent dans les buts. D’un point de vue tactique, ce choix n’est pas très judicieux. Mais, ici, ce n’est pas la tactique qui compte. Ils courent tous derrière le ballon en criant. Les enfants, les adultes, les bons joueurs et les mauvais.


Chaque dimanche, à défaut d’autre passe-temps, les Indiens de la cordillère jouent au foot. Agustín Vega aussi. A 26 ans, il peint des tableaux naïfs qu’il va vendre aux touristes au bord du lac de Cuicocha : de petits formats aux couleurs contrastées, représentant des femmes avec des robes aux couleurs vives, des moutons blancs, des nuages tout aussi blancs, et un ciel bleu. “Ne vous attendez pas à un grand match. Nous ne sommes pas bons.” Tout à coup, le ciel se déchire. Brouillard et nuages déversent des torrents d’eau. Nous courons nous abriter dans l’école. La pluie tambourine sur le toit de Plexiglas vert. Des vitres cassées, de vieux bancs. “Quand il commence à pleuvoir, nous arrêtons le jeu”, explique Agustín. Oui, on comprend. Nous regardons dehors par l’une des fenêtres cassées. Nous percevons le parfum enivrant, lourd et sucré des fleurs. Nous regardons en bas, dans la vallée. “Là-bas, il ne pleut pas”, dit Agustín. Miguel Angel Dacomée, qui vient de jouer avec les autres, nous dit que “les Indiens sont tout en bas de l’échelle sociale équatorienne”. Et le foot n’y changera rien. “Nous avons besoin d’être formés, dit-il. Nous ne jouons pas bien. Nous n’avons aucun don pour le football, contrairement aux Noirs. Nous jouons seulement pour le plaisir.” Sur le terrain de Quiroga, on trouve aussi un filet de volley-ball et deux paniers de basket. Les Indiens tapent dans le ballon de foot avec une batte et l’envoient au-dessus du filet ; ils marquent un panier avec une balle de volley. Ils aiment le sport. Le terrain appartient à la commune. La pluie, à personne. “L’averse ne va pas durer. La pluie ne fait que cesser et recommencer”, dit Miguel. C’est vrai, la pluie finit toujours par s’arrêter. Le brouillard et les nuages, en revanche, restent suspendus au-dessus de Quiroga, lourds et sombres. Le terrain est inondé. “On laisse tomber, ça ne vaut plus la peine”, dit José Pastuña. Nous restons donc à l’intérieur de l’école à parler football. Miguel Angel Dacomée connaît les deux grands clubs de son pays, Nacional et LIGA, et José Pastuña, les meilleurs joueurs : Méndez, Salas, Lara.


Roger Repplinger Rund

lundi 3 décembre 2007

L'assemblée constituante doit placer les droits humains en tête de liste de ses priorités

Amnesty International, le Centre de documentation des droits humains «Segundo Montes Mozo», la Commission œcuménique des droits humains (CEDHU) et la Fédération des droits humains exhortent les candidats à l'Assemblée constituante de l'Équateur à s'engager à accorder la priorité à la protection et la promotion des droits humains au moment d'élaborer la nouvelle Constitution.

L'Équateur a de grands défis à relever. Le pays a traversé des années de grande instabilité politique et institutionnelle, les institutions du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire ayant progressivement perdu tout crédit auprès de la population. Jusqu'à maintenant, ces institutions n'ont pas réussi à prendre de mesures efficaces pour assurer le respect des droits humains en Équateur. Selon l'Institut national de statistiques et de recensement de l'Équateur (INEC), près de 40 p. cent de la population vit en situation de pauvreté et plus de 10 p. cent, dans le dénuement. L'impunité dont ont bénéficié pendant des décennies les auteurs d'atteintes aux droits humains en Équateur constitue un phénomène récurrent.

La protection des droits humains:
La majorité de la population équatorienne ayant une longue histoire de déni de ses droits fondamentaux, la protection et la promotion de l'ensemble des droits humains doivent figurer en tête de liste des priorités à l'ordre du jour de l'Assemblée constituante.

La nouvelle Constitution doit avoir comme fondement le respect et la promotion de tous les droits humains, de manière indivisible. Aucun droit ne doit être subordonné à un autre. Les droits humains – comme le droit à la vie et à l'intégrité physique, le droit à ne pas être soumis à la discrimination, le droit à la liberté personnelle, le droit à un logement, à la santé et à l'éducation – sont indivisibles et interdépendants. Il n'est pas envisageable de protéger l'un ou l'autre de manière indépendante, parce que la violation de l'un de ces droits affecte forcément les autres.

L'occasion est donnée à l'Équateur, par l'intermédiaire de ses représentants à l'Assemblée constituante, de renforcer la protection et la promotion des droits humains dans le texte de la nouvelle Constitution en cours d'élaboration. Il faudra établir clairement, entre autres principes, que les normes internationales dans ce domaine ont un statut juridique constitutionnel et que le pays est tenu d'appliquer les décisions et recommandations des instances internationales chargées de veiller au respect des droits fondamentaux.

La jurisprudence et les principes internationaux fixent les normes minimales que doivent respecter les États en matière de protection et de promotion des droits humains. Ces normes ne sont pas figées. Depuis la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, la communauté internationale a réinterprété et élargi la portée de ces droits et les obligations qui en découlent. Si l'Équateur veut être à l'avant-garde en matière de protection et de promotion des droits de la personne, il est indispensable qu'il traduise ces évolutions dans sa législation interne, en leur donnant un statut constitutionnel.

État de droit et obligation de rendre des comptes:
Pour assurer le respect et la promotion des droits fondamentaux de tous il faut maintenir et renforcer l'État de droit. Pour ce faire, il est indispensable de promouvoir la bonne gouvernance et de mettre en place une structure et une procédure juridiques efficaces et impartiales auxquelles les personnes puissent accéder lorsque leurs droits sont violés. Une participation active de la société est également nécessaire.

Un système fondé sur les principes de l'État de droit offre de bonnes garanties en matière de droits humains. Cependant, si l'on veut qu'un tel système soit véritablement équitable, il ne doit pas exclure les femmes ni les secteurs de la population les moins favorisés d'un point de vue économique. Dans la plupart des cas, les personnes en situation de marginalisation et de vulnérabilité finissent par être exclues du champ de la légalité et voient de ce fait se dégrader encore leur condition sociale et économique. La réinsertion de ces personnes ne pourra être effective qu'à partir du moment où tous leurs droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels auront été reconnus, se matérialiseront dans des mesures concrètes et feront l'objet de véritables politiques et programmes publics. L'égalité d'accès à tous les droits humains constitue une condition nécessaire à l'exercice de ces droits mais aussi à la postérité économique et à la stabilité sociale.

Les signataires de la présente déclaration veulent croire que l'Assemblée constituante créera un environnement normatif pouvant aider le pays à entrer dans une ère de stabilité, de bonne gouvernance et de renforcement de l'État de droit, sur la base du respect des droits fondamentaux de tous et de toutes.

AMNESTY INTERNATIONAL
Déclaration publique
Index AI : AMR 28/004/2007 (Public)
Bulletin n° : 174
ÉFAI
11 septembre 2007
Résumés des principaux événements de l'année civile 2006 exposés dans le rapport annuel 2007 par région (Région Amériques disponible sur ce lien)